Le calendrier joue désormais contre les ambitions gazières du Gabon. Le projet de gaz naturel liquéfié (GNL) de Cap Lopez, porté par Perenco et initialement attendu à partir de 2026, ne pourra vraisemblablement pas entrer pleinement dans sa phase d'exportation selon le calendrier envisagé. L'un des maillons essentiels du dispositif, le FSU LNG Cap Lopez, ancien méthanier transformé en unité flottante de stockage, est toujours en conversion chez Drydocks World à Dubaï. Lloyd's Register, chargé de la classification et de l'assurance technique de cette transformation, a confirmé le 19 août que les travaux se poursuivaient. Ce décalage intervient surtout à un moment où le marché mondial du GNL connaît des tensions d'approvisionnement qui rendent les nouvelles capacités particulièrement recherchées.
L'enjeu est loin d'être marginal pour le Gabon. Lors de la décision finale d'investissement prise en 2023, Perenco avait annoncé plus de 1 milliard de dollars d'investissements pour développer une filière capable de produire environ 700 000 tonnes de GNL par an, en plus de gaz de pétrole liquéfié. L'objectif était de faire entrer dès 2026 le pays dans le cercle encore restreint des exportateurs africains de GNL. Le dispositif de Cap Lopez doit permettre de liquéfier le gaz, de le stocker sur l'unité flottante puis de le charger sur des méthaniers destinés aux marchés internationaux. Tant que cette chaîne n'est pas complètement opérationnelle, le Gabon ne peut donc pas convertir cette nouvelle capacité gazière en volumes exportés et en recettes extérieures.
Le contretemps intervient surtout dans une configuration internationale exceptionnellement favorable aux producteurs capables de mettre rapidement de nouvelles molécules sur le marché. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les perturbations intervenues au Moyen-Orient en 2026 ont fortement resserré l'offre mondiale : les flux transitant par le détroit d'Ormuz représentaient auparavant près de 20 % de l'approvisionnement mondial en GNL. Entre mars et juin, les chargements du Qatar et des Émirats arabes unis ont reculé de 35 milliards de mètres cubes sur un an. Cette contraction a poussé les prix spot moyens du GNL en Asie à environ 17,5 dollars par MBtu au deuxième trimestre 2026, en hausse de 45 % sur un an, tandis que le prix européen TTF approchait 16 dollars, soit 32 % de plus qu'un an auparavant.
La fenêtre pourrait rester ouverte en 2027, mais elle ne sera pas permanente. L'AIE estime que les conséquences des perturbations et des dommages subis par les infrastructures gazières du Moyen-Orient devraient maintenir le marché plus tendu qu'anticipé durant 2026 et 2027. Dans le même temps, une nouvelle vague de capacités de liquéfaction monte en puissance, notamment en Amérique du Nord, en Afrique et en Australie : ces nouveaux projets devraient déjà apporter près de 50 milliards de mètres cubes supplémentaires en 2026 hors producteurs du Golfe. À plus long terme, d'autres installations américaines récemment approuvées doivent encore arriver sur le marché. Plus Cap Lopez prend du retard, plus le Gabon risque donc d'entrer sur le marché lorsque l'offre mondiale aura commencé à se détendre et que la concurrence entre producteurs sera devenue plus forte.
Publié le 26/08/26 11:16
La Rédaction
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CEMAC