Les résultats de la séance d'adjudication du 22 juillet 2026, publiés le 28 juillet par la Direction Générale de la Comptabilité Publique et du Trésor, mettent en évidence un effondrement quasi généralisé de la mobilisation dès que l'horizon d'engagement dépasse quelques semaines. Sur les six lignes d'Obligations et de Bons du Trésor Assimilables à échéance longue ou différée proposées au réseau des 22 spécialistes en valeurs du Trésor (SVT), à savoir l'OTA à 4 ans, l'OTA à 2 ans du 24 juillet 2028, l'OTA à 2 ans du 16 janvier 2028 et les deux BTA à 13 semaines à échéance du 23 octobre, cinq n'ont récolté aucune souscription et la sixième n'a attiré que 50 millions FCFA de demande pour un montant annoncé de 5 milliards.
Seules deux catégories de lignes ont trouvé preneur ce jour-là : les BTA à 13 semaines à échéance immédiate (14 et 28 août 2026), intégralement souscrits à 100% de couverture, et l'unique OTA à 3 ans, seule ligne longue à avoir mobilisé des ressources. Ce contraste montre que la défaillance ne se limite pas à un attentisme sur les maturités longues en général, mais touche de façon quasi systématique tout engagement au-delà du très court terme, y compris des BTA à 13 semaines dès lors que leur échéance est repoussée à octobre plutôt qu'à août.
L'OTA à 3 ans (17 juillet 2029) illustre à elle seule le prix de cette rareté de la demande. Avec un prix moyen pondéré de 93% pour un coupon de 6%, la décote appliquée relève significativement le rendement effectif exigé par les trois SVT ayant participé, pour 30,1 milliards FCFA de soumissions contre 30 milliards annoncés. C'est la seule ligne de la séance à avoir permis au Trésor de sortir du seul registre du très court terme, mais au prix d'une concession tarifaire notable.
Ce constat s'inscrit dans un contexte de dégradation continue de la signature souveraine gabonaise. Moody's a abaissé, le 24 juin 2026, la perspective de crédit du pays de stable à négative tout en maintenant la note à Caa2. Fitch Ratings a confirmé, le 22 mai 2026, la note souveraine à CCC- en devises étrangères et CC en monnaie locale. Ces deux signaux convergent pour expliquer la réticence quasi unanime des SVT à s'engager au-delà de l'échéance la plus proche, quelle que soit la nature exacte du titre proposé.
Pour le Trésor, cette configuration pose un problème de fond plutôt que conjoncturel, dans la mesure où la capacité à lever des ressources se concentre sur une fenêtre de plus en plus étroite, celle des BTA à échéance immédiate, pendant que l'essentiel du calendrier d'émissions à moyen et long terme reste sans réponse du marché. Le prochain test consistera à observer si de nouvelles conditions de prix, à l'image de la décote déjà consentie sur l'OTA à 3 ans, suffiront à débloquer une partie de la demande sur les lignes longues, ou si le Trésor devra revoir en profondeur le calibrage de ses futures émissions.
Idrissa Diakité
Publié le 01/08/26 08:28
La Rédaction
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