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Gabon : Les 4% de croissance projetés par l'Etat en 2026 vont-ils convaincre les agences de notation et le FMI ?

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Le Comité national économique et financier (CNEF), réuni le 21 août 2026 à Libreville sous l'égide de la BEAC, a validé un taux de croissance avoisinant 4% pour 2026, porté par le ministre de l'Économie et des Finances Thierry Minko, un rythme présenté comme nettement supérieur à la moyenne sous-régionale de 2,5%. Ce chiffre s'inscrit toutefois dans une longue série de divergences entre Libreville et les institutions financières internationales. En octobre dernier déjà, le FMI projetait une croissance de 2,6% pour 2026, contre 7,9% annoncés par le gouvernement gabonais, un écart de plus de cinq points que les services du Fonds attribuaient à la dépendance persistante du pays aux aléas pétroliers.

Il faut dire que les dernières prévisions consolidées du FMI retiennent une trajectoire nettement plus prudente : +2,6% en 2026. Sur le plan régional, la performance gabonaise anticipée par le Fonds reste inférieure à la moyenne subsaharienne de 4,4%, loin derrière la Côte d'Ivoire (6,4%), le Rwanda (7,5%) ou le Niger (6,7%). Le chiffre de 4% avancé par le CNEF se situerait donc, s'il est confirmé par les méthodologies internationales, dans une zone intermédiaire, supérieure aux projections FMI mais toujours en retrait par rapport aux économies comparables du continent.

Le vrai test ne se joue donc pas sur la croissance, mais sur la trajectoire de la dette. Selon les dernières estimations des services du FMI arrêtées au 2 avril 2026, la dette publique gabonaise doit passer de 70,9% du PIB en 2024 à 94,3% en 2027, avec des paliers intermédiaires de 78,9% en 2025 et 86,1% en 2026, soit une hausse de 23,4 points en trois ans. Ce calendrier a été établi avant que le gouvernement ne révise son budget 2026, ne réduise ses prévisions de recettes de 22% et n'autorise jusqu'à 1,5 milliard de dollars d'emprunts supplémentaires à l'étranger, via une émission obligataire de 920 millions de dollars sur 7 ans assortie d'un coupon de 9,375%.

Les agences de notation restent, sur ce point, alignées avec le FMI plutôt qu'avec les projections de croissance du CNEF. Fitch a confirmé fin mai 2026 la note du Gabon à CCC- en devises étrangères, invoquant d'importants besoins de refinancement et des déficiences persistantes dans la gestion des finances publiques, tout en évaluant le déficit budgétaire 2025 à 12,2% du PIB sur base d'engagements, contre une moyenne quinquennale de 2,7%. Moody's, de son côté, a maintenu sa note à Caa2 tout en abaissant la perspective à négative, invoquant les besoins de financement, l'accès aux marchés et le risque qu'un audit de la dette ne révèle des passifs additionnels. Un chiffre de croissance à 4%, suffirait-il à lui seul à inverser cette lecture? Sachant par ailleurs que les agences pondèrent davantage la trajectoire d'endettement, la qualité de l'exécution budgétaire et l'issue de l'audit de la dette que le seul taux de croissance affiché.

Le calendrier des prochains mois sera déterminant pour trancher ce débat. L'audit de la dette publique, engagé le 17 juin 2026 sur un encours estimé par les autorités à environ 8 700 milliards FCFA, soit près de 70 à 74% du PIB à fin mars 2026, doit produire des conclusions qui conditionneront directement l'accès du Gabon à un programme FMI. Tant que cet audit n'aura pas clarifié le périmètre exact du passif public, le chiffre de croissance du CNEF restera un indicateur isolé, insuffisant pour convaincre des agences dont la grille de lecture reste avant tout centrée sur la soutenabilité de la dette et la crédibilité des comptes publics.

Publié le 26/08/26 13:29

La Rédaction

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