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Le Cameroun veut financer le logement social par un système de péréquation

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Au Cameroun, la Société immobilière du Cameroun (SIC) veut réduire sa dépendance au financement public pour poursuivre la construction de logements sociaux. Son nouveau modèle repose sur un principe de péréquation : les logements vendus plus cher et les activités commerciales ou industrielles doivent générer des revenus permettant de compenser la faible rentabilité des logements sociaux et abordables.

" Il faut un modèle de péréquation basé sur la contribution des plus riches pour permettre de construire des logements sociaux et des logements abordables ", affirme le directeur général de la SIC, Ahmadou Sardaouna, dans une interview accordée à la CRTV.

Cette réorientation répond aux limites du modèle engagé en 2020, qui reposait largement sur les ressources du budget de l'État. " La première vision, que nous avons commencé à mettre en œuvre en 2020, n'a pas connu le succès escompté parce qu'elle reposait essentiellement sur le budget de l'État, que nous n'avons finalement pas reçu ", explique-t-il. La SIC cherche donc désormais à mobiliser davantage de ressources en interne grâce à des activités susceptibles de dégager des marges.

Les logements chers pour financer les logements sociaux

Pour mettre en œuvre cette stratégie, la SIC a défini plusieurs segments dans sa nouvelle vision. Selon les chiffres avancés par le directeur général, le logement social représente 65 % et le logement abordable 25 %, soit 90 % de l'offre. S'y ajoutent les logements économiques, haut de gamme et de standing, ainsi que les espaces commerciaux et industriels.

Ces pourcentages renvoient ainsi à la répartition de l'offre que la SIC entend développer entre les différentes catégories de logements et les activités immobilières. Ils ne correspondent pas à une répartition des sources de financement. Le principe est plutôt de faire coexister des produits à vocation sociale, dont la rentabilité est limitée, avec des activités susceptibles de dégager des marges plus importantes.

Le directeur général cite notamment 152 logements récemment construits à Yaoundé. " Ces 152 logements nous permettent de générer un surplus financier que nous pouvons ensuite réinvestir dans la construction des logements sociaux ", explique-t-il.

Le mécanisme repose sur une compensation entre les différentes catégories de logements. Si, par exemple, un logement social coûte 50 millions de FCFA à construire alors que son prix de vente est fixé à 30 millions, l'opération accuse un déficit de 20 millions de FCFA. Cette différence doit alors être couverte par une autre source de revenus.

Dans le modèle défendu par la SIC, ces ressources peuvent provenir de logements vendus à des prix nettement plus élevés ou d'activités commerciales et industrielles. Ainsi, un logement vendu 100 millions de FCFA peut contribuer indirectement au financement d'un logement social vendu à un prix inférieur à son coût de revient. Les opérations rentables servent alors à compenser celles dont la rentabilité est limitée par leur vocation sociale.

Cette logique vise surtout à permettre à la SIC de poursuivre sa mission lorsque les financements budgétaires publics font défaut. " Nous procédons donc aujourd'hui à une réorientation et à une adaptation de notre modèle, en tenant compte de la conjoncture mondiale, afin de permettre cette péréquation ", explique Ahmadou Sardaouna.

Cette nouvelle orientation intervient dans un contexte marqué par un déficit de logements estimé à environ 2,5 millions d'unités au Cameroun, principalement en milieu urbain. La SIC, principal opérateur public du secteur, reste par ailleurs confrontée aux effets de sa politique tarifaire. Pendant plusieurs années, les prix de ses logements ont reposé sur une grille homologuée en 1994, alors que les coûts du foncier, des matériaux et de la construction ont fortement augmenté.

Cette rigidité tarifaire a contribué à fragiliser l'équilibre financier de certaines opérations, renforçant la nécessité pour la société de trouver de nouvelles sources de financement. La péréquation apparaît ainsi comme une tentative de concilier deux impératifs : maintenir une offre de logements accessibles aux ménages modestes tout en permettant à la SIC de financer elle-même une partie de son activité et de réduire sa dépendance aux ressources publiques.

Claude Paul Tjeg

Publié le 18/08/26 10:29

La Rédaction

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