Le Cameroun voit s'accumuler plusieurs contentieux internationaux susceptibles de peser lourdement sur ses finances publiques. Une condamnation arbitrale dans le dossier minier de Mbalam-Nabeba, les réclamations de deux entreprises étrangères ayant travaillé sur le Complexe sportif d'Olembé et le règlement du différend avec le concessionnaire des péages automatiques constituent aujourd'hui les principaux risques identifiés. À eux seuls, ces trois dossiers représentent environ 652 milliards FCFA de passifs potentiels ou déjà actés.
Le montant le plus important concerne le projet de minerai de fer de Mbalam-Nabeba, situé à cheval entre le Cameroun et la République du Congo. La société australienne Sundance Resources affirme avoir obtenu gain de cause contre l'État du Cameroun devant la Cour internationale d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris. L'information figure dans un communiqué publié le 27 juillet 2026 par Burford Capital, le groupe britannique qui a financé la procédure.
Selon ce communiqué, " le tribunal a conclu que le Cameroun avait violé ses obligations envers Sundance en retirant ses droits sur le projet de minerai de fer de Mbalam-Nabeba et en accordant le permis d'exploitation à une autre société, malgré une ordonnance d'urgence rendue en mars 2022 par la Cour internationale d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale qui interdisait précisément cette attribution ".
D'après Burford Capital, cette décision représente plus de 600 millions de dollars, soit environ 355 milliards FCFA. Le différend trouve son origine dans le retrait des droits détenus par Sundance et sa filiale camerounaise Cam Iron SA sur ce projet minier. Les deux sociétés soutiennent que ces droits leur ont été retirés avant que le permis d'exploitation ne soit attribué à un autre opérateur.
Olembé concentre à lui seul 267 milliards FCFA de réclamations
Au-delà du secteur minier, le Rapport de certification du Compte général de l'État 2024, publié par la Chambre des comptes de la Cour suprême, montre que les infrastructures sportives constituent un autre important foyer de risque pour les finances publiques.
Les litiges concernent le Complexe sportif d'Olembé, conçu autour d'un stade de 60 000 places auquel s'ajoutent un hôtel, un centre commercial, une piscine olympique, un gymnase et plusieurs autres équipements. Si le stade a accueilli des rencontres de la Coupe d'Afrique des nations en janvier 2022, le reste des installations n'a jamais été achevé.
Selon la Chambre des comptes, les demandes d'indemnisation présentées par l'italien Piccini SPA et le canadien Magil Construction Corporation totalisent 267 milliards FCFA.
Le dossier le plus important est examiné par le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une institution du Groupe de la Banque mondiale basée à Washington. Piccini estime que son contrat, conclu pour un montant initial de 163 milliards FCFA, pouvait encore être exécuté lorsque l'État y a mis fin. L'entreprise réclame ainsi 250 milliards FCFA, soit environ 381 millions d'euros.
Les autorités camerounaises défendent une analyse différente. Elles considèrent que les retards accumulés rendaient impossible la livraison des ouvrages dans les délais imposés par l'organisation de la CAN 2021 et justifiaient la résiliation du contrat. La procédure arbitrale est toujours en cours.
Le second contentieux concerne Magil Construction Corporation. L'entreprise canadienne a saisi la Cour internationale d'arbitrage de la Chambre de commerce internationale à Paris et réclame 17 milliards FCFA. Elle soutient que les financements nécessaires à la poursuite du chantier n'ont jamais été mis à sa disposition.
Le gouvernement répond que Magil a déjà perçu 42 milliards FCFA alors que le contrat signé portait sur 22 milliards FCFA. Les autorités estiment également que les sommes décaissées dépassaient largement l'état réel d'avancement des travaux. Elles ajoutent qu'au moment du départ de l'entreprise du chantier, plusieurs fournisseurs réclamaient encore près de 13 milliards FCFA au titre de factures impayées.
Un règlement déjà engagé avec Tollcam
Le troisième dossier évoqué par la Chambre des comptes concerne Tollcam Partenariat SAS, société créée par les groupes français Fayat et Egis dans le cadre du partenariat public-privé signé en 2019 pour construire quatorze postes de péage automatiques. Après la résiliation unilatérale de son contrat par le Cameroun, l'entreprise a engagé un arbitrage devant la Cour internationale d'arbitrage de Paris en réclamant 30 milliards FCFA.
Le Rapport de certification du Compte général de l'État 2024 indique qu'une solution négociée a finalement été retenue. Des informations obtenues auprès du ministère des Travaux publics montrent que 20 milliards FCFA ont été inscrits au budget 2026 afin d'effectuer un premier paiement à Tollcam. Le solde, estimé à 10 milliards FCFA, devrait être versé en 2027, conformément aux engagements conclus entre les deux parties.
Pris séparément, chacun de ces dossiers concerne un secteur différent de l'économie. Ensemble, ils représentent environ 652 milliards FCFA de passifs potentiels ou déjà actés. Le Rapport de certification du Compte général de l'État 2024 souligne toutefois que ce montant ne couvre pas l'ensemble des contentieux auxquels l'État est confronté.
La Chambre des comptes recense en effet d'autres différends opposant le Cameroun à des entreprises et à des particuliers. Même si les montants en jeu sont généralement inférieurs à ceux des affaires Sundance, Piccini, Magil et Tollcam, ils constituent eux aussi des engagements susceptibles d'alourdir progressivement les charges supportées par les finances publiques.
Publié le 31/07/26 13:18
La Rédaction
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CEMAC