S&P Global Ratings a confirmé, le 11 septembre 2026, les notes souveraines " B-/B " du Tchad, à long et court terme, en devises étrangères et en monnaie locale. L'agence maintient également une perspective stable et évalue le risque de transfert et de convertibilité à " BBB- ". Cette perspective traduit, selon S&P, " un équilibre entre les perspectives de croissance économique solides du Tchad, le soutien des bailleurs de fonds et la structure favorable de la dette publique, d'une part, et les risques liés à la forte dépendance au pétrole, à la situation sécuritaire volatile dans la région et à l'environnement des affaires difficile, d'autre part ".
L'agence prévoit une croissance moyenne du PIB réel de 4,8 % entre 2026 et 2029, après une progression estimée à 5,2 % en 2025. Cette prévision est supérieure à celle retenue dans ses précédentes projections, qui tablaient sur une croissance de 4,3 %. Le PIB par habitant, estimé à 1 222 dollars en 2026, devrait, lui, progresser pour atteindre environ 1 400 dollars en 2029.
Le pétrole reste au cœur des équilibres économiques
Malgré ces perspectives favorables, la forte dépendance aux hydrocarbures demeure le principal facteur de vulnérabilité de l'économie tchadienne. Selon S&P, la production pétrolière devrait dépasser 60 millions de barils en 2029, contre 50 millions en 2025, sous l'effet notamment des investissements de China National Petroleum Corp. et de Perenco.
Cette dépendance se reflète directement dans les finances publiques. " La situation budgétaire demeure toutefois vulnérable aux fluctuations des cours du pétrole, celui-ci représentant plus de 40 % des recettes publiques ", relève S&P. L'agence table néanmoins sur un déficit budgétaire global moyen limité à 1 % du PIB entre 2026 et 2029.
La structure de la dette constitue, à l'inverse, un facteur de soutien à la notation. La dette extérieure est désormais principalement composée d'emprunts multilatéraux et bilatéraux contractés à des conditions concessionnelles, souligne S&P. Les charges d'intérêts devraient ainsi représenter en moyenne 4,25 % des recettes publiques sur la période 2026-2029, notamment grâce au remboursement d'une grande partie des obligations envers Glencore. La dette intérieure, qui représente encore plus de la moitié de l'endettement total, devrait progressivement céder du terrain au profit du financement extérieur concessionnel.
Cette évolution devrait également contribuer à préserver les équilibres extérieurs. S&P prévoit un excédent du compte courant en 2026, avant un déficit moyen de 2,0 % du PIB entre 2027 et 2029. La baisse attendue des prix des matières premières, l'augmentation des importations liées aux projets d'infrastructures et le rapatriement des bénéfices devraient toutefois peser sur les comptes extérieurs à moyen terme.
La diversification des exportations constitue néanmoins un point positif. Le secteur minier apporte notamment une nouvelle source de devises, avec une progression marquée des exportations d'or. Celles-ci sont passées de 369 milliards de FCFA en 2024 à 649 milliards de FCFA en 2025 et devraient dépasser 1 000 milliards de FCFA en 2026, selon S&P.
Des risques sécuritaires et climatiques persistants
Les perspectives économiques restent toutefois exposées à d'importants risques sécuritaires. Le Tchad est directement affecté par l'instabilité en Libye, au Niger et au Soudan, ainsi que par les attaques de Boko Haram dans la région du lac Tchad. La guerre au Soudan exerce en outre une pression supplémentaire sur les finances publiques et les capacités d'accueil du pays. Le Tchad accueille actuellement plus de 1,5 million de réfugiés soudanais, soit environ 9 % de sa population.
À ces risques sécuritaires s'ajoutent les vulnérabilités climatiques, notamment celles qui affectent l'agriculture et peuvent accentuer les besoins sociaux et budgétaires. Ces facteurs limitent la capacité du pays à réduire rapidement sa dépendance aux recettes pétrolières et à renforcer durablement sa croissance.
Dans ce contexte, le soutien des partenaires extérieurs demeure déterminant. Le FMI avait approuvé, en juillet 2025, un programme de 48 mois d'un montant de 625 millions de dollars, soit 325 % de la quote-part du Tchad et 2,8 % de son PIB de 2025. Les réformes sont jugées satisfaisantes, mais les décaissements restent suspendus dans l'attente de garanties régionales.
Malgré ces facteurs de soutien, l'agence maintient une appréciation prudente des risques. Une forte tension sur la liquidité des comptes publics ou une dégradation marquée de la situation sécuritaire pourrait entraîner une baisse des notes. À l'inverse, une croissance nettement supérieure aux prévisions, une diversification plus rapide de l'économie, une hausse durable des recettes publiques ou une amélioration des performances à l'exportation pourraient ouvrir la voie à un relèvement de la notation.
Claude Paul Tjeg
Publié le 14/09/26 10:01
La Rédaction
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