La semaine 30 aura été celle du retournement brutal sur le pétrole et de la confirmation d'une tendance sur le café. Le Brent a d'abord perdu près de 12 % en deux séances avant de reprendre l'essentiel du terrain sur regain de tensions entre Washington et Téhéran, pour finir la semaine en repli net de 3,7 %. Le cacao a suivi une trajectoire comparable, plongeant lundi avant de se redresser sur la fin de semaine grâce à un dollar plus faible et à des craintes renouvelées sur la récolte 2026/27. L'arabica, lui, n'a connu aucun répit : porté par des stocks ICE au plus bas depuis février 2024 et un retard persistant de la récolte brésilienne, il a bondi de 5,6 % sur la semaine. Le coton progresse sur fond d'inquiétudes météo américaines, tandis que le sucre recule légèrement et que l'huile de palme cède du terrain face à un ringgit plus solide.
Pétrole : krach puis sursaut, le Brent termine à 90,12 dollars
Le Brent a ouvert lundi à 93,60 dollars, porté par l'escalade du week-end entre les États-Unis et l'Iran, avant de s'effondrer de plus de 11 % en deux séances jusqu'à un point bas de 82,52 dollars mardi. Ce plongeon a marqué l'un des pires enchaînements de trois jours pour le brut depuis plusieurs années, les traders ayant misé sur une désescalade au Moyen-Orient après que Washington et Téhéran ont temporairement suspendu leurs frappes.
Le répit a été de courte durée. Dès mercredi, le Brent a rebondi de près de 8 % en une séance, les États-Unis ayant relancé des frappes sur des cibles iraniennes en réponse à de nouvelles attaques de Téhéran contre des intérêts américains dans la région. Le trafic de pétroliers dans le détroit d'Hormuz est resté globalement fluide malgré des incidents ponctuels, mais l'incertitude sur la sécurité des exportations, aggravée par des attaques visant les infrastructures pétrolières russes en mer Noire, a maintenu une prime de risque jusqu'en fin de semaine. Le Brent a clôturé vendredi à 90,12 dollars, en repli de 3,7 % sur la semaine, une variation qui masque une volatilité extrême entre 82,52 et 93,60 dollars.
Cacao : rechute puis sursaut, +1,2 % sur la semaine
Le cacao a ouvert lundi à 5 332 dollars la tonne avant de plonger de plus de 5 % dès la première séance, pénalisé par des données ivoiriennes montrant des arrivages record dans les ports (2,11 millions de tonnes depuis le début de la campagne, en hausse de 21 % sur un an). Le marché a ensuite oscillé en zone basse jusqu'à un point bas de 4 992 dollars mardi.
Le rebond de vendredi, +5,6 % en une seule séance, a permis au cacao de terminer la semaine en légère hausse à 5 397 dollars, soit +1,2 % sur cinq jours. Ce sursaut s'explique par un dollar plus faible et par la confirmation d'un El Niño potentiellement parmi les plus forts depuis plus de 75 ans selon le Climate Prediction Center américain, qui ravive les craintes sur la récolte principale ivoirienne attendue à partir de septembre. Les premières évaluations de terrain font état d'une formation de cabosses inférieure à la moyenne, un signal jugé préoccupant malgré des stocks mondiaux encore confortables.
Café arabica : nouvelle envolée de 5,6 %, stocks ICE au plus bas depuis 2024
L'arabica poursuit sa remontée entamée depuis la mi-juin, passant de 298,00 cents lundi à 314,65 cents vendredi, soit +5,6 % sur la semaine. Le moteur reste le même : un retard de récolte au Brésil, où seulement environ 52 % de la campagne 2026/27 était engrangée début juillet, contre 60 % l'an dernier à la même date et une moyenne quinquennale de 55 %.
Les stocks certifiés ICE ont poursuivi leur baisse, tombant à 274 168 sacs le 29 juillet contre 320 615 une semaine plus tôt et 791 842 un an auparavant, leur niveau le plus faible depuis février 2024. Cette tension sur les disponibilités immédiates continue d'alimenter la prime sur les échéances rapprochées, tandis que les perspectives d'un El Niño affaiblissant la floraison de septembre-octobre entretiennent une inquiétude structurelle sur la récolte 2026/27.
Café robusta : semaine quasi neutre
Le robusta a évolué en dents de scie, entre un plus bas de 3 697 dollars mercredi et un plus haut de 3 883 dollars mardi, pour finir pratiquement inchangé à 3 744 dollars vendredi contre 3 742 dollars à l'ouverture de lundi. La corrélation habituelle avec l'arabica s'est distendue cette semaine, le robusta bénéficiant d'une récolte solide au Rondônia brésilien mais restant freiné par des stocks ICE encore relativement fournis comparés à ceux de l'arabica.
Sucre : léger repli, la mousson indienne allège la prime
Le sucre a cédé 0,5 % sur la semaine, passant de 14,74 à 14,66 cents la livre. L'amélioration des perspectives de mousson en Inde a pesé sur les cours en dissipant une partie des craintes sur l'offre du deuxième producteur mondial. À l'inverse, la fermeté persistante du pétrole a continué de soutenir la demande d'éthanol au Brésil, limitant l'ampleur du repli. La production d'éthanol brésilienne pour la campagne 2026/27 est attendue en hausse record, ce qui détourne mécaniquement une partie de la canne de la production sucrière.
Coton : +2,5 %, la météo américaine reprend la main
Le coton a progressé de 79,80 à 81,79 cents la livre, soit +2,5 % sur la semaine, porté par des inquiétudes météo sur les zones de culture américaines. Les rapports de l'USDA montrent des conditions de culture en retrait par rapport à l'an dernier, avec une dégradation observée sur les cotonniers en phase de formation des capsules. Des prévisions de pluies éparses dans le Delta et le Sud-Est américain ont entretenu la nervosité, même si des prises de bénéfices ont limité les gains en fin de semaine.
Huile de palme : repli modéré face à un ringgit plus ferme
L'huile de palme a reculé d'environ 0,7 % sur la semaine, revenant de 4 675 à 4 643 MYR la tonne. La baisse s'explique par le raffermissement du ringgit malaisien et par la faiblesse des huiles végétales concurrentes sur les marchés de Dalian et de Chicago, dans un contexte où la correction du pétrole a également réduit l'attrait de la prime biodiesel. La demande reste toutefois soutenue : les exportations malaisiennes du 1er au 25 juillet auraient progressé de 8 à 16 % par rapport à juin, et l'Inde devrait accroître ses achats à l'approche de la saison des fêtes.
Caoutchouc RSS3 : marché toujours illiquide
Le RSS3 a glissé de 284,50 à 279,00 SGD/kg entre lundi et jeudi, soit -1,9 %, dans un marché toujours marqué par des volumes quasi nuls. L'absence de liquidité continue de rendre toute lecture directionnelle fragile. La corrélation structurelle avec le pétrole, dont la chute a réduit le coût des matières synthétiques concurrentes, et une demande automobile chinoise toujours atone restent les principaux freins.
La semaine 30 illustre la sensibilité extrême des marchés énergétiques aux signaux géopolitiques : un aller-retour de plus de 20 points sur le Brent en cinq séances, entre désescalade et reprise des frappes américaines sur l'Iran. Le cacao a suivi une dynamique similaire, mais pour des raisons différentes, entre pression des arrivages ivoiriens et retour des craintes climatiques liées à El Niño. Le café arabica reste la valeur la plus constante du complexe, porté par un déficit d'offre brésilien qui ne se dément pas semaine après semaine. Le sucre et l'huile de palme évoluent en ordre plus dispersé, tirés par des facteurs régionaux (mousson indienne, ringgit malaisien) plutôt que par le grand récit géopolitique. Si l'accalmie sur le pétrole se confirme dans les prochains jours, comme le suggèrent déjà les premières séances de la semaine 31, l'attention des marchés agricoles pourrait se recentrer entièrement sur les prévisions El Niño pour la campagne 2026/27.
Marcode JEAN-YAYAKA
Publié le 03/08/26 08:19
La Rédaction
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